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Marquons le tournant du budget climatique

La Métropole européenne de Lille a adopté son budget pour l'exercice 2019. Le Président a annoncé que, suite à la demande du groupe des élu.e.s EELV, le budget 2020 inclurait une évaluation de l'impact climatique des investissements et des dépenses. Une victoire pour les écolos !

Christiane Bouchart a exprimé la position du groupe sur le budget :

"Mesdames, Messieurs, chers collègues,

Nous débattons pour la dernière fois d’un budget complet au titre de ce mandat. En tant qu’écologistes, nous nous sommes souvent positionnés dans ce débat au prisme de la portée de certaines politiques en particulier, de leur impact sur le territoire. Aujourd’hui, dans la lignée de l’intervention lors du débat d’orientation budgétaire, nous souhaitons marquer un tournant, celui du budget climatique.

Alors, de quoi s’agit-il, au-delà de la formule ?

Il s’agit, en premier lieu, parce que c’est le premier pas à faire, de  l’enjeu du désinvestissement : désinvestissement des énergies fossiles, pour réinvestir dans des investissements verts. Fonds de pensions, assurances, contractualisations bancaires…. Indirectement, la MEL contribue, ou non, à financer les énergies fossiles, le charbon, l’extraction pétrolière, et invalide donc potentiellement ses efforts en matière d’énergies renouvelables.

Notre Assemblée n’a pas émis de vœux sur le désinvestissement carbone, mais bien au-delà de ces déclarations d’intention, l’objectif est notre capacité à identifier si nos flux financiers, d’une manière ou d’une autre, contribuent aux énergies fossiles, et donc à pouvoir les re-flécher vers des investissements verts. L’Ircantec a d’ailleurs marqué sa volonté d’aller en ce sens…

En second lieu : nous avons, en appui de nos décisions, un plan pluriannuel d’investissement. Pour nous ce PPI  sert de support pour débattre collectivement de nos priorités d’investissement, de leur portée, de leurs impacts, et ce plus particulièrement en matière de transition écologique. Dans le contexte de demande renforcée de plus de justice sociale, demandons- nous, au sujet de ce PPI, dans quelle mesure nos investissements sur les infrastructures de transport sont suffisants à financer une ambition pour les mobilités et les alternatives dans notre Métropole ?

Mais cela est vrai pour l’ensemble des lignes de ce budget : à quel point nos grandes lignes de dépenses, en aménagement, développement économique, déchets, eau et assainissement… sont elles aujourd’hui des contributrices de la transition écologique ?

La réalité est que nous n’avons pas tous les outils pour faire ressortir la réalité des impacts de nos choix, que nous n’avons pas le référentiel partagé, la grille de critères pour aider à une décision entièrement éclairée, et transparente. Un tel référentiel est à construire. J’espère que nous y arriverons, dans le cadre des travaux du PCAET, avec Michel Colin. Car, à défaut, je peux vous l’affirmer : sans de tels outils, nous continuerons à essuyer les reproches de nos citoyens en matière d’incohérence de nos politiques publiques.

Troisième point : les achats publics et les concessions : 450 millions par an d’achats, 1 milliard d’euros si nous englobons nos concessions. Ce que nous dit aujourd’hui le schéma métropolitain des achats responsables, qui sera présenté tout à l’heure par Marc Godefroy, c’est que nous avons besoin de programmer nos achats, de mettre en place une cellule de veille, des clauses, d’étudier la mise en place d’un Fonds d’arbitrage carbone pour que nos achats soient réellement vertueux. Autant de conditions indispensables rappelées et réunies dans ce schéma .

Mais ce sont des conditions qui doivent nous interpeller : l’une des solutions essentielles pour un budget climatique réside dans nos modes de faire, dans la formation des agents, des élus, pour une prise en compte systématique et non anecdotique des enjeux de transition écologique et sociale – et ceci, bien au-delà de la question des achats : c’est bien l’intégralité de notre manière d’acheter, de financer et de décider de nos investissements qui est concernée.

Quatrième, et dernier point : nos capacités d’investissement.

Nous l’avons vu, nos échanges sur le Schéma Directeur des Infrastructures de Transport va forcément achopper sur la question de notre capacité d’investissement. Nous avons parlé  du désengagement de l’Etat, nous pourrions aussi, plus globalement, nous interroger sur les raisons pour lesquelles notre pays est aujourd’hui incapable de déclencher des grandes plans d’investissements massifs qui seraient un réel tournant, en matière de justice sociale et transition écologique –transition que nos citoyens appellent de leurs vœux.

Donc, puisque les financements publics se raréfient, il nous faire appel à d’autres sources de financement, des financements privés. Nous avons l’énorme chance, en France, de bénéficier d’un label qui encadre ce que l’on appelle « le marché des obligations vertes », les green bonds. Des green bonds auxquels les villes européennes font aujourd’hui de plus en plus appel pour financer le développement des énergies renouvelables, les grandes infrastructures de transport, les projets d’adaptation, une agriculture résiliente, ou encore des bâtiments exemplaires…. Des green bonds aujourd’hui recherchés par les investisseurs, qui souhaitent des garanties que leurs fonds d’investissement évoluent vers plus de responsabilité. Des green bonds que nous devons apprendre à aller chercher, chaque fois que cela est nécessaire.

Voici, pour résumer, un éclairage des attendus du groupe EELV pour les prochains travaux budgétaires : des travaux à initier dès 2019, pour que les savoir-faire de la MEL puissent s’enrichir des expertises nécessaires, les tester, en espérant leur massification dès le mandat prochain. Car c’est bien dans notre stratégie budgétaire que se cachent les solutions les plus effectives d’une véritable, d’une nécessaire transition, et  notre groupe est prêt à construire avec Alain Bernard les conditions d’un budget climatique pour la MEL, et ce dès 2020."

 

Conseil métropolitain du 14 décembre 2018