Commerce de proximité : un déclin sournois auquel il est urgent de réagir
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Intervention de Xavier Bonnet

Le commerce de l’hyper-centre et du Vieux-Lille règne sur la métropole, la région et même à l’international. Dans ces rues commerçantes, nous entendons de plus en plus souvent parler l’anglais, le néerlandais, l’espagnol et même des langues bien plus lointaines encore, comme le coréen et d’autres langues asiatiques.

De tout cela nous ne pouvons que nous réjouir. Nous réjouir de la vitalité touristique, commerciale et économique de notre territoire.

Pourtant tout n’est pas aussi rose que ce que les chiffres de la vacance commerciale pourraient laisser supposer. Ces chiffres qui pourraient paraître miraculeux, avec un taux proche de l’incompressible cache une difficulté majeure : celle de la disparition du commerce dans nombre de rues de la ville.

Autant le commerce du Vieux-Lille s’est développé avec la transformation du quartier, autant les commerces de proximité des autres quartiers ont souffert.

C’est Dominique du quartier des Bois-Blancs s’exprimant dans un article publié par La Voix du Nord et qui regrette d’avoir perdu son autonomie commerciale en l’espace de 10 ans : « à l’époque, dit-elle, on avait plusieurs boulangeries, une boucherie, une poissonnerie. »

C’est Robert et Simone, habitants de Vauban-Esquermes, toujours dans La Voix du Nord, qui nous disent faire les commissions : « C’est une expédition, avant tout était plus simple on avait un boucher – il y avait même une chevaline ! –, un épicier, une droguerie et des boulangeries. »

Ce sont les deux photographes de la rue Pierre Legrand, H&M 97 et Studio Jacques depuis bien longtemps fermés ou encore la disparition des boulangeries dans les quartiers de Lille-Sud et Moulins.

((Alors en matière de vacance commerciale, comme dans la chanson de Boris Vian, la chose qui nous tourmente c’est le rayon d’action))

Le problème, c’est que tous ces commerces n’entrent plus dans le décompte de la vacance commerciale. Car aujourd’hui ils ne sont plus répertoriés comme des locaux commerciaux.

Certes des réponses ont été trouvées, notamment avec le commerce non sédentaire et la création de nouveaux marchés : à Fives, en ce début de mandat, et plus récemment à Moulins, en des lieux et moments qui ont su montrer leur pertinence.

Certes, l’action de la Fédération lilloise du commerce de l’artisanat et des services montre sa perspicacité à trouver des animations qui soutiennent le commerce de quartier et du centre.

Certes, en un temps j’ai pu appeler de mes vœux la création d’un comité de réflexion sur le commerce. Franck Hanoh a mis en place ce comité permanent du commerce en permettant de réunir les différents acteurs. Mais il est temps que ce comité devienne un véritable laboratoire d’étude sur que ce que sera le commerce de demain.

Pour enrayer ce déclin sournois, sans doute serait-il aussi temps d’instaurer un moratoire et ne plus autoriser la création d’offres de plus de 1 000 m2 de surface commerciale. Tant à l’échelle de la ville qu’à l’échelle de la métropole. Se parer aussi d’un cadre réglementaire pour agir sur la transmission des baux commerciaux, des fonds de commerce, des fonds artisanaux pour sauvegarder l’offre de proximité et sa diversité.

Nous répondrions ainsi aux préoccupations quotidiennes de Dominique, de Robert, de Simone et de leurs voisins et voisines en matière de commerce indépendant de proximité.