La concertation, parent pauvre de l’action municipale
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Intervention de Stéphane Baly

Le compte administratif 2019 témoigne de l’exécution sincère du budget de la Ville. A quelques jours du renouvellement de ce conseil, les informations contenues dans ce document de bilan sont importantes. Une gestion irréprochable et transparente des deniers publics s’impose au nom de l’intérêt général et de l’état de droit. C’est l’assurance d’une continuité démocratique d’une équipe à une autre. Si ici certains aspirent à tourner une page – j’en suis !  –  nous devons être reconnaissants du travail fourni par les services de notre Ville pour présenter une photographie fidèle de là où nous en sommes en matière financière.

Alors bien sûr, ce compte administratif reflète aussi les orientations prises en matière de politiques publiques. Les précédents débats budgétaires m’ont permis de dire ce que nous approuvions et les points sur lesquels nous estimons qu’il faut aller beaucoup plus loin, notamment en matière de transversalité des politiques écologiques. Je vous ferai grâce de me répéter. Parce que nous estimons que ce compte administratif reflète fidèlement ce que notre conseil municipal a délibéré et ce qui a été mis en œuvre en 2019, nous voterons évidemment ce compte administratif. 

En matière démocratique, le moins que l’on puisse dire est que notre Ville a une marge de progrès. Le budget supplémentaire fait référence à des dépenses nouvelles en fonctionnement « essentiellement liées au contexte sanitaire ». Les décisions auxquelles ces dépenses renvoient ont été prises pendant le confinement, sans débat. Elles sont révélatrices de la manière dont le pouvoir est exercé dans cette ville : en solitaire, sans partage, sans débat.

Informer a posteriori n’est pas débattre, chacun en conviendra. Apprendre dans la presse plusieurs mesures prises par la Ville avant d’en être informés en tant que membres de la majorité ne relève pas du détail. De nombreuses grandes villes, parmi lesquelles Bordeaux, Nantes, Grenoble ou Paris, ont réuni leur conseil municipal bien avant Lille. Dans une période inédite, où de multiples difficultés ont émergé ou se sont aggravées, la Ville s’est privée de l’intelligence collective. C’est incompréhensible et injustifiable.

Associer l’ensemble d’une majorité n’empêche pas d’être réactifs. D’autant que nous avons été au travail dès le début du confinement, que nous avons continué à travailler avec les services. Cela aurait enrichi les décisions sans nuire à la réactivité de la Ville. Cela aurait démultiplié l’efficacité des politiques municipales en faveur des citoyens au service desquels nous travaillons toutes et tous.

Car la Ville a su se montrer réactive. Par exemple en réaffectant des moyens pour offrir des paniers alimentaires aux familles lilloises parmi les plus modestes. Une réactivité qui tient aussi aux services et aux agents compétents et efficaces qui les font vivre. Je tiens, au nom de l’ensemble du groupe des élu.e.s écologistes, mais surtout au nom de toutes les Lilloises et les Lillois, à les en remercier.

Les agents restés sur le terrain pendant le confinement ont permis la continuité du service public et ont répondu aux besoins des habitant.e.s dans un climat anxiogène. Leur implication doit être particulièrement saluée. Notre collègue Jean-Louis Frémeaux présentera d’ailleurs la prime dont ils bénéficieront et que nous soutenons (délibération 20/196).

Mais les agents qui ont télétravaillé ont eux aussi assuré le maintien de l’action publique dans des conditions difficiles. La Ville avait jusqu’à présent délibérément refusé d’organiser les conditions d’un télétravail encadré et limité. Face à l’impératif sanitaire et l’obligation pour les agents de rester chez eux, la Ville mais surtout nombre de ces agents se sont trouvés fort dépourvus faute de formation et de matériel adaptés.

Nous serions bien mal avisés de tirer à boulet rouge sur le télétravail à l’issue de cette expérience imposée. C’est bien l’impréparation, le manque d’anticipation qui sont en cause dans les difficultés qu’ont rencontrées certains agents, pas le télétravail lui-même. Sa mise en œuvre doit néanmoins, nous en sommes tous d’accord, rester limitée et répondre au souhait des agents. En étant davantage à leur écoute, la Ville de Lille deviendra un employeur beaucoup plus agile et résistant aux chocs qui pourraient encore advenir.

J’en reviens au compte administratif pour constater que, même si la Ville est touchée par des pertes de recettes à hauteur de 15 millions d’euros, ces pertes devraient être couvertes par le plan de sauvegarde annoncé par l’Etat. Par conséquent, la Ville aura bien une marge de manœuvre pour agir dans un contexte économique et social qui s’annonce brutal.